Billet en sablier n°6

Publié le par Dom

J'ai enfin compris comment ça marche !!!!
Kozlika a initié ce jeu publié chez Samantdi. Une amorce est publiée à 22h00 tous les soirs, c'est une phrase tirée d'un blog. Nous devons rédiger un texte deux heures après la lecture.
Mission accomplie !!!! N'hésitez ni à participer, ni à vous régaler des différentes propositions !
Merci à vous deux  pour ces bons moments d'écriture !!!!

Plus de rage que de peur...

Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots. Je suis habituée à ces images pourtant. On nous gave comme des oies au moment du repas familial. Mais ce soir, comme le prédisaient les oiseaux de mauvais augure, cela nous touche de près. Ce n’est pas qu’on était indifférents à la traque des sans-papiers. Simplement éloignés, l’autre n’est pas moi, ni mes amies, ni ma famille. A force de fermer les yeux je pense que nous étions devenus aveugles, engoncés dans nos habitudes. Nous méprisions dans nos certitudes bien établies les intellectuels-ces blocheviques, les bloggeurs et leurs discours effrayants. Nous avons préféré nous rassurer aux discours convenus de notre président, pardon, de notre Cher Président Aimé et Honoré (je vous le dis à voix basse, il paraît qu’ils auraient installés des micros espions dans nos connections, officiellement pour nous fournir la meilleure offre mais officieusement on murmure....).
Depuis une semaine, je reste sans voix, ils ont encore augmenté le cercle des personnes risquant d’être renvoyées de France, nous avons des origines -chut-, mon aimé m’enjoins au silence. Nous sommes de la troisième génération, mais il semble que cela importe peu. Ces quelques mois, nous le craignions mais comme une menace légère. Nous avons quand même installé notre grand-mère dans une pièce discrète de la maison, elle a un accent qui pourrait nous trahir. Mon mari a même falsifié, dans l’administration qui l’emploie, nos papiers. La menace se précise, nous avons reçu une assignation avant-hier, nous n’y sommes pas allés. Nous avons préparé nos enfants à ne jamais révéler leurs origines ainsi qu’à se cacher sous leur lit s’ils entendent frapper. Au moins, nous serons sûrs qu’ils resteront en sécurité, ils savent chez qui aller. Cependant ce matin, notre voisine, une pure laine à ce qu’elle prétend, m’a regardé drôlement. Je sais qu’elle ne nous aime pas, elle interdit à sa fille de jouer avec nous. Nous n’étions pas assez huppés...aujourd’hui elle a trouvé motif à sa haine, sa fille a insulté la mienne ce matin. Elle lui a dit qu’elle allait bientôt repartir dans son pays. Nous faisons nos bagages, une colère sourde m’étreint. Je n’ai plus de mots, juste des larmes rageuses.

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Publié dans Atelier d'écriture

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D
Je suis bien d'accord Malaussen.
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M
Ce texte fait froid dans le dos ! Mais il est tellement proche du vécu de tant de gens aujourd'hui dans notre pays... Il est encore temps de s'indigner, de se mettre en colère face à l'hypocrisie ambiante !
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D
Akynou, jusque-là je n'arrivais pas à parler de cette colère qui m'étouffe. Quand je me mets à évoquer cette politique qui rappelle d'autres temps, que j'espérais ne jamais revoir, les mots sont blancs, ils se pressent, se combattent et ne sortent jamais dans l'ordre. Cette amorce a été le déclencheur. Quand j'écris, le texte s'impose à moi, je ne peux plus varier d'idée une fois qu'elle s'est installée. Ce texte vient de ma volonté de rendre vraie une phrase lue dans un commentaire (oublier son voisin rend possible la venue de la police chez soi...et là plus personne pour nous défendre) et aussi de rendre plus vivant la terrible vie des sans papiers actuellement. Peut être que mon texte enjoindra un de mes lecteurs à refuser cet état de fait. Comme Otir, un petit cri, mais beaucoup comme cela pourrait donner une clameur qu'on entend malheureusement trop peu en ce moment.<br /> Finalement ce jeu donne d'étranges résultats : libération de la parole, volonté d'exprimer le malaise de la société cotoîent textes plus légers.
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S
impressionnant de réalité, celle de nombreuses familles hélas,qui vivent dans la peur.
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O
Tu as raison de souligner que la suspicion s'installe même envers les Français.<br /> Ceux qui sont nés à l'étranger le savent bien qui doivent prouver leur filiation dès qu'ils ont besoin d'un papier. Bientôt il y aura plusieurs catégories de Français. Les bons et puis les autres...
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