Poésie marine
Une poésie d'Aloysius Bertrand, qui aime toujours jouer avec les sonorités pour faire valser les images.
Pâmoison de la beauté du langage.
J'ai de mon côté une raison de pleurer sur les poésies de cet auteur, en mémoire d'un ami. Je ne sais pas si j'en parlerai un jour mais je garde en moi son terrible souvenir. Où que tu sois tu resteras toujours gravé en moi par ton acte d'héroïsme fatal.
- « Écoute ! — écoute ! — c'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
- Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.
- Écoute ! — écoute ! — mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »
- Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
- Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse, décapitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
Pâmoison de la beauté du langage.
J'ai de mon côté une raison de pleurer sur les poésies de cet auteur, en mémoire d'un ami. Je ne sais pas si j'en parlerai un jour mais je garde en moi son terrible souvenir. Où que tu sois tu resteras toujours gravé en moi par ton acte d'héroïsme fatal.
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