Ma participation au troisième sablier

Publié le par Dom

C'est toujours chez Kozlika,  et c'est ce soir comme une tristesse apportée par la mer de l'amorce. Et ce début mélancoliquement poétique proposé par Otir provient du billet de Zoridae, Au bord de la mer.

Vague  à l’âme
 

Il est trois heures du matin, je n'arrive pas à dormir. J'entends le bruit de la mer, des vagues qui s'écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leur larmes les pierres insensibles.

Ce va et vient incessant ressemble au ressac qui me submerge depuis quelques temps. Je suis triste, triste à en pleurer. Pourtant je ne saurais dire pourquoi brutalement une douleur au creux de l’estomac enfle, tel un torrent, elle m’envahit et ce spasme s’achève avec des larmes salées qui roulent sur mes joues.

« A quoi penses-tu quand tu pleures ? », m’a demandé une amie mise au courant des mes récents déboires. Je n’ai su quoi lui répondre. A rien, c’est terrible, à rien. Rien qu’une caresse qui peut parfois déclencher le raz de marée, rien qu’une douceur, rien qu’une pause, rien qu’une gentillesse, rien que de l’amour, rien qui ne devrait faire pleurer.

J’ai essayé de comprendre :

- l’argent qui manque et qui nous rend fébrile à chaque lettre que nous recevons...mais bon, ce n’est que du matériel.

- la pression chaque jour plus forte dans un travail épuisant...ce n’est pas nouveau et même aujourd’hui moins dur qu’à une période.

- le quotidien qui use le couple de façon à ce qu’on ne voit plus l’autre, trop loin séparés par un précipice...on sait heureusement construire des ponts.

- les enfants comme des ouragans, toujours en mouvement, râleurs, tendus, interrogations constantes....cependant si doux, si charmants quand ils se lovent au creux de notre cou, leurs bras en collier, leurs baisers mouillés sur la joue.

- une famille aux mots durs, violents...une douleur si habituelle qu’elle ne fait plus qu’affleurer.

- un moi que je n’aime pas, un moi vide que je n’arrive jamais à remplir, un moi doux qui se heurte aux autres, un moi flasque, un moi détesté, un moi se cachant des autres, un moi dans des vêtements flottants de peur d’être femme....un moi pessimiste que je connais par cœur et que j’ai l’habitude de taire

Tous ces mots de ma souffrance ne me font rien, pas la moindre petite once de tristesse, peut être parce que je les dis, redis jusqu’à ce qu’ils se vident.

Et pourtant, il me reste ces yeux ouverts, ces yeux sans sommeil, ces yeux du bout de nuit. Je me lève brusquement, j’ouvre la baie vitrée, la mer phosphorescente offre un merveilleux spectacle qui se déroule jusqu’à mes pieds, elle lèche le bord de ma maison, elle m’emplit d’une douce mélancolie. Les gouttes de mon regard tombent à nouveau, je pleure et ne sais pas pourquoi, pliée, brisée, comme un rocher que les vagues cognent en gémissant.

Publicité

Publié dans Atelier d'écriture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
J'aime beaucoup l'image de la digue de mots, comme je le ressens parfois poser des lettres sur la douleur aide à mieux la cerner...tant qu'on peut !
Répondre
A
texte touchant et vrai, entre ce qui nous fait pleurer et ces digues de mots que l'on y oppose pour ne pas déborder...
Répondre
O
Quand l'âme s'épanche et se fait bercer par la vague... très beau texte, Dom, bravo.<br /> <br /> (Mais tu ne dois pas me créditer de l'amorce, je n'ai fait que la choisir parmi les billets de Zoridae, tu trouveras le lien sur le blog de Kozlika ou le mien bien sûr, pour recréditer l'auteure originale, et aller lire son billet aussi, si tu le veux).
Répondre
O
C'est un beau texte, Dom, très émouvant. Bises.
Répondre
D
Merci beaucoup pour cette émotion que vous me communiquez. C'est sorti comme une douleur d'une amorce poétique à souhait !<br /> Cat : comme je te comprends, j'aime aussi beaucoup le noir et blanc, il y a une force qu'on ne retrouve pas ailleurs et surtout ici cette ambiance particulière de nuit. Moi aussi je rêve de mer mais je n'arrive pas à m'arracher de ma montagne.
Répondre