Le foot dans la cour d'école : une mini société de la loi du plus fort

Publié le par Dom

Les conflits créés dans la cour d'école finissent souvent dans la classe. Car le foot dans l'école c'est du sérieux. C'est devenu tellement important que l'on se donne le droit :

- d'insulter les perdants (pourquoi ne pas remuer le couteau dans la plaie)

- de stigmatiser celui qui a raté son coup -la compétition c'est sain, cela favorise le développement humain... : ( 

- d'insulter son voisin avec les pires horreurs connues sans même savoir ce que cela veut dire

- de frapper ses camarades quand cela dégénère

- de rejeter tout ce qui de près ou de loin ne peut apporter aucune aide (handicapé, fille, petite constitution, calme, intellectuel...beark !)

Alors on prend quelques minutes au retour de récré pour réfléchir. Ce n'est pas miraculeux, il faudra parler longtemps pour comprendre (surtout que de ma part je suis totalement étrangère à l'émotion que procure un ballon au fond d'un filet). Alors je remercie Yagaël parce qu'avant les vacances je leur ai proposé cette petite bande dessinée qu'il a inventée sur son blog (que je recommande d'ailleurs en passant) et je n'ai jamais eu une telle écoute sur ce sujet. S'insulter, se frapper c'est une chose. Voir les insultes sur papier, les échanges de coups et la réaction de celui qui écoute c 'en est une autre. Et je ne parle même pas de la place des filles dans ces matchs (elles ont dû lutter pour y participer et sont les premières à essuyer les insultes).

La BD qui permet de réfléchir que finalement ce n'est pas la peine de frapper ou d'insulter son camarade au foot (très utile).

J'en ai rajouté un petit coup avec le livre de Thierry Lenain Crève la faim (reparu récemment aussi sous le titre : Thomas la honte) en leur lisant une scène où un ado se fait frapper parce qu'il laisse passer la balle au goal. (si vous voulez en savoir plus n'hésitez pas à aller sur son blog que je vous ai déjà recommandé et dont l'adresse est proposée à droite).

Je ne dis pas que cela a tout réglé, loin de là et il faudra du temps j'en suis consciente. Mais la prise de recul par rapport au comportement sur le vif fait beaucoup de bien. Une fois encore la parole, celle-ci écrite ce qui lui donne un peu de poids, montre son importance. Ils sont tous d'accord de condamner ce qu'ils ont lu mais on a l'impression qu'une fois devant la balle l'être humain près d'eux ne compte plus, il n'a plus d'existence et on peut braver toutes les règles pour laisser libre cours à sa violence.

Les années précédentes j'ai fini par faire un travail en EPS dont le slogan était : je respecte le camarade avant le ballon. J'étais arrivée à de bons résultats, un jeu en récré plus sain, une équipe qui naît dans le respect des camarades. Cependant nous avons eu le malheur de faire un tournoi avec une autre école et là malheureusement mes élèves se sont fait battre à plat de couture par les autres qui eux jouaient le ballon avant tout. Leçon n°1 retenue : pour réussir au sport dans un "merveilleux esprit de compétition" il faut d'abord avoir envie d'écraser son adversaire. Qu'on ne me fasse plus le coup de la saine compétition je suis devenue un peu chatouilleuse sur le sujet !

A plus grande échelle on peut étendre la réflexion à la vie et je vous pose ma question existentielle :

Pour survivre dans ce monde faut-il écraser les autres, particulièrement ceux qui ne sont pas compétitifs ?

Comment  se défendre dans la société quand on est résolument idéaliste et respectueux ?

 

J'en profite ici pour faire la pub de la BD de Ygaël et de Ceka que je viens d'acquérir et qui est excellente : Egovox. Il n'existe pas beaucoup de tirages alors n'hésitez pas à la commander, elle vaut le coup. Je vous laisse découvrir le site qui la présentera bien mieux que moi. Les passionnés de SF vont adorer.

Le site officiel d'Egovox.

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D
Je suis d'accord, il m'arrive souvent de répéter aux parents qui viennent me demander :"Mais où en est-il par rapport aux autres", que je ne peux pas répondre à cette question car je me refuse à avoir une vision globale d'un enfant sans tenir compte des évaluations et des progrès au jour le jour. Pour moi elle n'a pas de sens. Je leur réponds par une autre question : "Où en est-il par rapport à lui-même ?" Et ce travail-là est essentiel. A partir du moment où l'élève (et ses parents) peut savoir où il en est vraiment (ce qu'il sait, ce qu'il doit apprendre) alors il est prêt pour relever les manches. Un 15 ou un 2 en français ne veut rien dire et le comparer au copain n'en parlons pas. Savoir qu'il ne sait pas à l'heure actuelle faire les accords voilà qui a du sens pour tous : on peut travailler ensemble pour qu'il y arrive. On passe d'une "critique subjective" à une connaissance des difficultés en vue de faire quelque chose. C'est loin d'être si simple qu'il n'y paraît et ce n'est pas facile à mettre en place. L'enseignement est comme un jeu d'équilibriste : une dose de bonne humeur, de la contrainte (parce que rester assis si longtemps pfff !), de la vie collective, un parcours individuel (ou en tous cas par petits groupes) et une ambiance de travail à construire mais pour moi le refus de la compétition délétère..... <br /> Je ferai un article sur l'introduction de Jacquart dans le livre que je suis en train de finir sur le conseil de classe. J'ai eu l'occasion d'assister à une de ses conférences c'est un grand bonhomme.<br /> Merci pour ta dernière remarque, en tous cas, c'est gentil tout plein ! Mais tu sais ce qui fait la force de notre corps enseignant c'est notre diversité et ce que j'apporte aujourd'hui à mes élèves il sera important de le varier demain avec un collègue différent. Je reste consciente de notre humanité, c'est plus sûr <br /> : )
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D
C'est bien ce que préconise Jacquard (zut moi et les noms..), la fin de la compétition pour la réussite, même compétir contre soi-même pour devenir meilleur que soi-même, pas que les autres.<br /> Moins de course à l'échalote c'est moins d'agressivité et plus d'entraide, là, on peut retrouver le jeu, le sport dans ce qu'ils ont de plus beau.<br /> Sans les insultes, sans la violence.<br /> PS : j'aimerais bien que mon Wanou soit dans ta classe !!!!!!
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