Ma participation au dyptique d'Akynou
C'est les soldes, Akynou nous propose sur son site les ateliers du dyptique 2.
Allez voir. J'ai choisi cette photo :

Ne plus exister.
Je regardai mes mains, non elles ne tremblaient pas. J'avais revêtu ce matin ce vêtement tant rêvé, est-ce que je ressentais une grande joie, irrepressible fêtant l'évènement de ce projet de vie ? Non, simplement ma respiration qui s'accentue et une douce torpeur qui m'envahit. Je me sens calme, vidée, morte au monde, disparue de cet espace mouvant que je détestais. Je l'ai presque rejoint, c'est là que j'en serai le plus proche sans faire le pas que je ne veux franchir. Maintenant, je suis présence-absence dans ces murs enserrants qui m'étouffent moins que l'absence de bords. Je devrais prier, je le sais, comme toutes celles au regard vide et illuminé que j'ai croisé ici. Pour elles c'est un regard de joie, j'entendais les chuchotements fascinés des novices dans le dortoir avant le saut du grand vide. Elles profitaient encore de la douce musique de la langue avant les voeux définitifs du silence. Longtemps sans connaître le son de ma voix elles m'ont crues sourde et muette. Grotesque, l'une d'entre elle m'a même gratifée de ses efforts pour me faire comprendre par gestes ce qu'elle voulait dire, je crois que mon regard lointain, au delà de toutes choses l'a découragée. Il paraît qu'elles me prennent maintenant pour une sainte, elles qui renoncent petit à petit au bruissement de la vie. Elles se demandent à voix basse comment j'ai pu si vite abdiquer devant mes désirs. Etrange pensée qui fait de moi un exemple alors que je suis là pour ne pas oublier, pour ne pas être tentée de me reforger une autre existence dans l'immense vitalité du temps triomphant. Je me sens la moins sainte de toutes. Je ne suis pas là pour Dieu, je suis là pour moi. Le temps n'aura plus de prise sur ma douleur, elle sera là tapie pour l'éternité et tu vivras par moi loin de la fureur, de la vitesse du monde, rien ne viendra t'effacer. Je me sens guérir de la peur de te perdre. Et tandis qu'elles parleront à l'Autre, je monologuerai avec toi. Notre amour sera sans fin.
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