Ma participation au dyptique d'Akynou : Naissance

Publié le par Dom

Vous connaissez maintenant bien Akynou, si vous voyagez souvent dans mon blog : elle propose une image à illustrer avec un texte et inversement. Bonheur garanti ici : http://akiyo1fr.free.fr/racontars_jeux/index.php?2006/06/13/429-diptyque-28-a-bicyclette

Secrets : plaidoyer pour la parole.

- Il faut que je te dise...

Mon grand-père sortit avec moi dans la rue pour que mamita n'entende pas, je comprends à demi-mot que le moment est enfin venu. Nous sortons du vieil appartement aux odeurs familières pour retrouver l'entêtant parfum des routes pavées.

- Viens, ouvre-moi ce coffre.

Je m'exécute sans rien dire, solennel bien que je me sente un peu ridicule, mis à nu comme cela aux yeux de tous. J'aurai rêvé un lieu plus confiné, entouré de murs ou de brouhaha. Mais à cette heure la rue est déserte, la sieste c'est sacré dans notre village, je suis soulagé.

- Tu es assez grand maintenant pour savoir.

Petit, toujours trop petit, mais assez grand pour souffrir : les nuits sans sommeil bordé de cauchemards, les dessins inquiétants sujet de conciliabules qui s'étouffent à mon arrivée, des mots qui heurtent malgré tout mes oreilles, le but de promenades dans le cimetière local pour chercher encore, toujours la réponse qui me manque et la terrible sensation d'angoisse qui m'a étreint en prenant pour la première fois mon bébé.

- Les autres ne sont pas d'accord. Je veux pourtant que tu reviennes auprès de ton enfant et que tu oses le prendre sans ce secret qui te ronge depuis que tu es petit. Je vois bien ton masque de souffrance quand tu poses tes mains sur elle.

Je veux qu'il parle...plus que tout...je veux arrêter de souffrir, la vérité sera mieux que les images qui me traversent lorsque je prends Claria. Peut être alors pourrais-je revoir celle que j'aime portant cette force de vie qui chaque jour éclairera la mienne.

Grand-père se penche vers moi, dans la rue, les mots qu'il prononce ne peuvent être parlé, il chuchote de manière saccadée, sans s'arrêter, presque sans reprendre son souffle comme s'il craignait qu'une fois arrêté il ne puisse reprendre le fil de l'histoire. Je ne peux rien dire, j'engrange, j'encaisse comme un homme, comme l'homme que ce secret avait conçu dans l'enfant que j'étais. La soeur dans le même ventre, contre moi, chaudement installée. Nos nages qui rendaient notre mère si remplie d'amour. Puis je ne peux entendre, juste écouter, la naissance difficile, la disparition de l'autre si proche, les absences de Maman ne voulant même pas regarder son bébé : ce moi qui a eu tant de mal à comprendre pourquoi il vivait avec ses grands-parents, ayant parfois en éclair la visite d'une mère osant à peine toucher mes mains et repartant si vite pour cacher ses larmes.

Silence. Dans la rue on entend comme un cri. Grand-père regarde le mur avec application, ne guettant pas d'autres réactions que la pesanteur de mon corps qui s'affaisse mais aussi se délivre.

- Elle ne voulait pas, tu comprends, elle ne voulait pas que nous t'en parlions. Nous nous sommes souvent disputés à l'époque, je te voyais flairer le mystère qui te rongeait comme elle. Mais je ne laisserai pas le secret te briser à ton tour. Porte, porte cet enfant, qu'elle n'a pas pu laisser, aide-la à grandir, à vivre et laisse-la partir ensuite, c'est la plus belle offrande que tu pourras lui faire.

Il s'est levé doucement, j'ai même oublié quand. Le soleil se couchait lorsqu'enfin j'ai senti la vie s'emparer de moi. Je me suis levé, j'ai écrit "merci" sur les vitres avec un peu de boue, j'expliquerai plus tard combien je lui suis reconnaissant, je me dirige vers le lumière tremblante...je peux rentrer chez moi.

Claria...attends-moi...Je peux t'aimer

 

 

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Publié dans Atelier d'écriture

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A
Très beau. MErci de cette participation :-)
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