Ma participation aux impromptus

Publié le par Dom

Cette semaine une petite phrase doit commencer notre texte : "la date de préremption était dépassée"...simple mais évocatrice. Comme hier j'ai vu le reportage édifiant sur les sans-papiers et la politique inhumaine des quotas, j'ai été un peu inspirée.

S'il vous plaît, si vous passez par là, dites-moi que vous n'avez pas voté pour ça...                       

Et plus qu'en passant, vous pouvez rejoindre en cliquant ici le site du RESF qui vient en aide aux sans-papiers.



La date de péremption était dépassée.

Incrédule j’ai essayé à nouveau de faire passer ma carte dans la machine. Le même « bip », le même message :

« Votre carte nationale d’identité française est périmée ».

La sueur me monta au front, je l’essuyai machinalement. Qu’avais-je fait pour cela ? Je passai en revue les raisons qui pouvaient créer ce refus :

+ une quatrième génération étrangère, tout est en règle, ma famille est née en France aussi loin que j’ai pu remonté.

+ un mauvais résultat au travail...pourtant il me semblait que mes performances étaient raisonnablement au dessus de la moyenne.

+ des difficultés à l’école pour les enfants, mis à part une bagarre de temps en temps, ils n’ont pas été étiquetés « à risque », comme ceux de ma voisine en pleurs qui nous a quittés il y a une semaine.

Vraiment je ne voyais pas et d’habitude on était prévenus de ce genre de décision à la maison, par notre visionneur sans cesse allumé, fenêtre sur le monde mais mouchard du domaine privé. On avait bien essayé de résister à sa mise en place cependant la majorité des citoyens, inquiets pour leur petit confort et perturbés par la présence d’étrangers de 4ème génération avait voté favorablement. Non vraiment, aucune raison...mis à part, peut être, une panne informatique. Mais allez expliquer cela aux OSFS, organisme de sécurité pour une France saine. Autant parler à une armoire à glace. Bon ce n’était pas tout, il ne fallait pas traîner à l’entrée de mon boulot, le van d’expulsion n’allait pas tarder, prévenu dès le premier refus je ne disposai que de peu de temps pour sauver ma peau. Le plus calmement possible, je me retournai. La porte d’entrée, gardée par le Surveillant me paraissait infranchissable. J’avançai tranquillement, mon sang bouillait à l’intérieur, je n’ai jamais été très doué pour feindre, j’espérai que cette fois-ci cela ne se verrait pas trop.

- Hé, 486 !

Cette fichue manie d’appeler les gens par un nombre, histoire de faciliter les quotas, ça me mettait en rogne.

- Oui Surveillant ?

- Tu oublies ton certificat de sortie.

- Où avais-je la tête, j’allais chercher des dossiers dans mon véliberté, je vais être en retard...

Il me tendit le papier.

- Vous savez que cela peut vous coûter beaucoup de ne pas être à l’heure, je serai obligé de le mentionner.

- Bien Surveillant.

Mon papier dans les mains légèrement tremblantes je franchis la porte en songeant combien ce sale petit espion se mordra les doigts de ne pas avoir été au courant pour ma carte, il aurait été ravi de m’épingler... Heureusement, par crainte d’empathie et d’aide aux SP, le Présidictat avait décidé que toute information concernant les cartes d’identités seraient hautement confidentielles. Cette paranoïa m’avait sauvé la vie, provisoirement. J’étais dehors mais pour combien de temps ? On ne savait pas trop ce qu’ils faisaient des « sans papiers », on parlait d’un lieu tenu secret où on expérimentait sur eux toutes sortes de médicaments... « ce ne sont que des rumeurs », pensai-je pour me rassurer. J’extirpai de ma chemise, caché dans un repli, un ancien portable, in-repérable, pour un crack de la technologie comme moi rien n’était plus simple. Je voulais passer un dernier coup de fil avant de disparaître. Elle serait à la maison, comme toutes les femmes mariées, elles n’avaient plus le droit de sortir sauf pour aller chercher les gosses depuis la dernière loi intitulée : « un travail pour chaque foyer », un moyen déguisé de remettre les anciennes valeurs au goût du jour...toujours plébiscité à l’époque, par le peuple.

- Chérie ?

J’entendis son souffle court, elle était inquiète.

- Chérie, ma date de péremption est dépassée.

Des sanglots.

- Tu ne crains rien mais je vais filer, n’attends plus de mes nouvelles. Prends soin de toi et des petits, je t’aime. Ne réponds pas, le mouchard pourrait t’entendre.

Je raccrochai et jetai l’appareil dans le destructeur le plus proche. 

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Publié dans Atelier d'écriture

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D
Mapie c'est évidemment exagéré mais si l'on pense à l'avenir les inquiétudes sont fortes.<br /> Cat, je renchéris, quoique si l'on lit la SF d'Asimov ou de Van Vogt l'avenir qu'ils imaginaient n'était pas non plus dénué d'interrogations.
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C
Quelle plume! On pourrait supposer avec vraisemblance que partis comme nous sommes partis sur cette planète, voir dans ce pays, nous en arrivions à de telles extrémités dans un futur proche!
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M
Waouf... difficile à lire ce texte...non pas qu'il soit mal écrit!!! bien au contraire, mais il nous plonge dans un réel malaise... Je n'ai pas vu ce reportage...
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D
Merci beaucoup pour ce compliment qui renforce le sentiment amer que m'a laissé ce reportage.
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A
voila une histoire bien écrite; sans doute inspirée par le reportage d'hier sur les sans papiers. Qui, comme le disait un responsable de "terre d'asile" en nous montrant des dossiers, ne sont pas sans papiers. Ils n'ont certes pas les bons.<br /> il y'a un coté fiction et un autre très réél qui renforce le malaise et l'opression du lecteur !
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