Triptyque d'Akynou

Publié le par Dom

Joyeux anniversaire Akynou !!!!!

Il y a longtemps que je n'avais participé à une proposition d'écriture d'Akynou. Pour fêter son anniversaire elle propose un atelier "sans date limite" mais un peu plus complexe que d'habitude (lui faire un cadeau ça se mérite ; )
Trois photos, deux listes de mots au choix et un mot imposé, le 48ème. Elle espère atteindre d'ailleurs 48 propositions...mais pourquoi ce nombre semble-t-il revenir ? ...je vous laisse le découvrir dans sa célèbre salle de jeu.

Le texte que j'ai composé hier cependant est un peu triste sans être dénué d'espoir. Je ne sais pourquoi mais lorsque je crée une histoire celle-ci semble m'habiter avant que je ne l'écrive. Le chemin pris par mes mots suivent une ligne que je ne peux dévier sans avoir l'impression de les trahir.
Je crois que je suis fortement imbibée de ma révolte du rejet affiché des migrations qui ont toujours fait l'histoire de notre pays. C'est venu ainsi, j'ai suivi le parcours humain de ceux qu'aujourd'hui on cherche à accuser de tous les maux. Supportera-t-on longtemps que les pays des Lumières devienne le pays de puissants décomplexés, écrasant les plus faibles ?

Pour ne pas oublier que nous sommes toutes et tous enfants du mélange, que c'est bien ainsi.

Lettre à mon fils,
 
Mon petit homme, plein d’amour et de rage. Tu m’as demandé de te parler de moi, de lui, d’eux, j’ai refusé, tu as claqué la porte. Les mots sont plus simples lorsqu’ils se nourrissent de la feuille et de l’encre. Ma voix a trop pleuré ces jours pour pouvoir franchir les lèvres. Sache que rien de terrible ne nous lie au passé, rien de honteux, rien dont tu ne puisses être fier. Juste trop de creux, là, proche du cœur.
 
Je suis une fille du mélange. J’ai sous les pieds la poussière cuivrée de l’Andalousie mélangée à la terre mouillée aux fragrances de violette. J’ai retrouvé une vieille coupure de journal, quand mes parents harassés de fuir la mort espagnole ont atterri en France, ils se sont retrouvés là.

Je peux ainsi te faire visiter mon chez-moi : tu vois le jardin où pousse la ferraille, notre cuisine où nous entreposons des vieux bidons qui permettent de récupérer l’eau, et tu ne peux imaginer mon coin. Une natte au sol, les restes d’une poupée qui a marché, heurté les roches avec nous dans les Pyrénées. Les journalistes qui m’ont découverte, effarés, tenaient une bonne coupure avec notre déchirure. J’ai longtemps pleuré dans le visage sombre d’un orphelinat qui souhaitait réparer mon indigence. De mes parents, plus trace, je croyais qu’ils m’avaient fuie. On, les bien pensants, les bien pesants, m’ont juste séparé d’eux. Pourtant nous aurions simplement eu besoin d’un toit et de petits boulots. Dans mon malheur, une flamme a réchauffé mon cœur, mon amie, ma sœur, celle dont l’Afrique pleine de couleur envahissait nos soirées froides. Manquait à toutes deux le soleil brûlant, celui qui délie les corps, qui brûle délicieusement la plante des pieds. Alors tandis que je lui parlais de la grand-mère au visage paysage, elle transformait nos lits en baobabs. J’étais la mémoire, elle était le marabout. J’étais le souvenir, elle était le mot qui guérit et prépare demain. Nous avons décidé un soir, mélangeant notre sang, de ne plus nous quitter.
Mais il faut bien grandir, aimer, être aimée, rêver un peu, reconstruire le nid. Toutes deux, serrées comme des oiseaux ébouriffés nous attaquions la vie, mal armées. Embryon d’adulte au regard fuyant, nous habitions un studio au centre de Paris, attirées comme des moucherons aveugles par la ville lumière. Des boulots de rien, d’invisibles et l’amour qui un jour me bouleverse, mal préparée.
 
 Les amoureux de Saint James Park
 
Quelques mots pour parler d’erreur de jeunesse : des fleurs, un regard, des gestes, des soupirs, des mélanges puis la brutalité du réveil. Le lendemain de l’amour est maquillé comme une sorcière.
 
Je l’ai attendu longtemps, il m’avait promis pourtant des années de bonheur. Nous devions aller chez ses parents qu’il disait attendris. Je me suis rendue au point de rencontre, dans une rue sombre aux couleurs de l’abandon, une semaine entière, tout cela pour retrouver le vent, celui qui gifle, celui qui crie, mais d’amour plus de trace mis à part une minuscule boule dans mon ventre, que je ne sentais pas encore.
J’ai perdu le goût de la vie, je rôdais tel un fantôme obsédé par des pensées morbides et mes pas toujours me ramenaient là. Les hommes frais rasés, me dévisageaient l’œil torve et plus encore quand mon ventre s’arrondit.
 
La main tendue je la dois à l’amie de toujours, c’est elle qui a emprunté mille livres, c’est elle qui a posé sa main sur mon ventre pour partager le bonheur de la vie en moi, c’est elle qui m’a accompagné sous l’œil des sages-femmes ahuries pour souffler des fou rires.
 
Métro de Londres
 
Et c’est elle qui a pris ce cliché, aux derniers mois de ma grossesse, en me faisant jurer de ne jamais y remettre les pieds, un passeport pour la vie qui ne m’a plus quitté.
Le jour merveilleux et terrible, c’est elle qui m’a tenu la main, m’a soulevé la tête puis a pleuré de joie en te voyant crier.
Pour finir, c’est elle qui nous a lancés tous trois sur le chemin de la migration, elle avait trouvé un petit coin de paradis, au bord de mer. Un petit village en manque de bar-tabac.
 
Petit homme, plein de rage et d’amour, si demain tes ennemis d’amis se moquent de ta « tante », tu pourras relever les yeux et leur cracher au visage car c’est grâce à elle que tu es si beau aujourd’hui. La couleur de sa peau, c’est celle de mon soleil. La douceur de sa voix, les contes qui t’ont bercé. Et sa place et la nôtre nous l’avons gagnée à la rigueur de notre souffrance. Et sache Petit d’homme qu’on ne peut choisir ses amis parmi ceux qui la méprisent.
 
 





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Publié dans Atelier d'écriture

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