Ma participation aux Impromptus

Publié le par Dom

A peine revenue sur le net, je me suis précipitée pour connaître le thème d'écriture des Impromptus. Délicieusement inquiétant, il faut rédiger avant dimanche un texte contenant le mot spectre et trois couleurs.
Courez-y vite.
Voici ma petite bafouille inspirée par une conversation véridique (qui fait l'objet de la fin de ce texte) avec Grande Princesse lorsqu'elle avait trois ans. Elle avait l'habitude de se trimballer avec toutes sortes d'amis invisibles qu'on ne devait en aucun cas ni écraser, ni oublier, ni s'asseoir dessus aux repas. Mais ceux qu'elle avait apprivoisés et dont elle gardait tout de même une petite crainte, c'étaient ses zamiloups. Tantôt petits louvetaux attendrissants qu'elle aimait à "prendre dans ses bras", tantôt rôdeurs féroces aux allures spectrales. Comme chacun sait, il vaut mieux être amis avec ses ennemis... ; )

Un spectre de couleurs
 
Maman a décidé de changer mon lit de place pendant que j’étais au centre de loisirs et quand je dis mon lit... on dirait qu’elle a fait valser tout mon mobilier sur sa musique favorite. Je ne suis pas contre, j’aime bien comme ça parce qu’on voit moins les boîtes en plastique qui débordent de chni. Mais je suis sûre qu’elle n’a pas fait attention à un détail qui a son importance maintenant qu’on a éteint la lumière. En même temps, je sais bien que cela ne compte pas pour elle. J’ai lu dans un livre que les adultes ne voient plus les choses que les enfants aperçoivent autour d’eux. C’est parce qu’ils ont grandi....pour être sûre que ça m’arrivera jamais de devoir ranger, nettoyer et finir comme une sorcière affalée sur son canapé, la nuit, en cachette, je suce mon pouce. Je reste un peu bébé en dedans.
En tous cas, ce n’est pas drôle de devoir garder ce secret pour soi, le secret de ce monde invisible aux autres. A l’école, ma meilleure copine aussi rigole quand j’en parle, elle me traite de bébé cadum qui boit encore le biberon. Alors maintenant je le garde pour moi.
Maman n’aurait pas dû pourtant parce qu’à chaque fois que je déplace un meuble, moi, je fais attention, alors le lit, avec tout ce qu’il y a de caché dessous...il aurait fallu d’immenses précautions. Un petit nid de poussière pour les crocodiles, une voix rassurante pour les mignonillous (gentils comme tout, sauf s’ils sont en colère) et surtout tout l’apprivoisement des zamisloups à recommencer, avec patience. Rapidement j’ai rassemblé des tissus pour les crocos. Rapidement parce que papa prenait sa grosse voix pour que je m’endorme, après le sixième rappel, il faut toujours se faire attendre, règle n°1 des princesses. Ensuite j’ai chuchoté des comptines pour les mignonillous, ils ont réintégré leurs pénates (c’est un mot que j’ai bien aimé ce matin dans l’histoire que Nadia nous a raconté, c’est comme peinard, ça fait maison chaleureuse, sympa, où on peut manger sur le canapé en regardant des dessins animés quoi !). Mais pour les zamisloups, c’est un autre problème. J’ai bien mis deux ans avant de pouvoir les approcher alors un changement brusque de leurs habitudes... A l’ancien emplacement du lit, je suis sûre d’avoir vu bouger. Leur chef de meute, celui qui est maigre comme un spectre, me regarde en faisant les cents pas. Il se sent trahi, ses yeux prennent une teinte jaune avec une lueur mauvaise. Les petits, ceux qui viennent me lécher la main d’habitude, sont tapis, apeurés, contre le mur lisse, leurs paupières tremblantes révèlent des veinures bleu sombre. Eux aussi ont perdu leur repère-repaire. L’odeur est là mais pas la douce grotte de mon matelas chaud. Je sens la nervosité de leur mère, si douce d’habitude, qui me regarde avec un mélange de tendresse et d’inquiétude. Je sens petit à petit la crainte m’envahir, mettez-vous à ma place. J’essaie de résister, le temps peut être que les parents s’endorment, cela laissera plus de chance à mon évasion du lit devenu prison. L’arrêt du fauve qui a pris des teintes de cadavre me rend nerveuse, je préférais peut être qu’il marche...a-t-il pris une décision ? Va-t-il dévorer les rêves ? Manger mes poupées ? Déchiqueter ?
Je ne tiens plus, je dégringole du lit et je me mets à courir. C’est le signal, je sens son souffle, ses pattes résonnent de plus en plus fort dans mon dos, le couloir semble devenu comme une longue route semée d’obstacle, je trébuche sur une boîte, son contenu se renverse, tas noir menaçant éparpillé devant mes pas. Je marche péniblement sur des tissus, des livres, des feuilles. J’ai l’impression de sentir l’odeur fétide d’une bouche dentée. Je vois se profiler le lit de mes parents, ils sont profondément endormis, une fois grimpée je me sais sauvée. Je me pelotonne contre le dos de maman, environnée de sa douceur, de son odeur. J’enfouis mon nez dans la texture de son pyjama soyeux. Sauvée.
Elle entrouvre un œil, je le sens plus que je ne le vois, toujours au chaud dans le petit nid fait avec son corps.
-         Tu ne dors pas ? Mais tu trembles ?
-         C’est mes zamisloups.
-         Si ce sont tes amis, ils ne te feront pas de mal, tu peux retourner te coucher.
-         Ce sont mes amis...mais ils ne dorment pas...eux.





Publié dans Atelier d'écriture

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