Vendredi, mon jour auprès de mes enfants (grand bonheur de cette année : 20% de mon temps consacré à ma famille et à moa !)
Il est 15h00 passé, l'heure du café, Grande Princesse est à l'école, Petit Prince sieste, Alter Ego est de sortie...la terrasse m'ouvre ses bras, j'empoigne mon bouquin du moment (mille mercis à ma
grand-tante, ma bibliothécaire personnelle, toujours pleine de savants conseils littéraires).
J'avais déjà lu du Riel, l'un de la série des Racontars arctiques narrant la vie d'un communauté de trappeurs dans toute sa touchante rudesse, vision émouvante et racontée avec humour. J'attaque Le
jour avant le lendemain dont le thème se situe plutôt du côté des Inuits. C'est un texte plus "triste", d'une grande beauté.
Jorn Riel est un auteur danois érudit, ethnologue spécialiste des modes de vie Inuit, aventurier et voyageur, il écume la planète poru mieux la savourer.
Si je vous en parle aujourd'hui c'est pour faire écho au blog de Moukmouk, notre ours polaire et parce qu'en lisant le passage suivant, cela m'a
rappelé l'affection avec laquelle il parle de sa Belle endormie.
Hommage à notre conteur de l'Arctique qui n'a pas son pareil pour nous raconter son amour du
nord :
"Kokouk était un grand conteur. Il leur parla à profusion du long voyage qu'ils avaient fait depuis le pays du sud de Tunnudliorkik, et surtout des gigantesques montagnes derrière le pays des
rennes, ce pays qu'il appelait l'ultime frontière du monde. Même Ninioq n'avait jamais vu ces montagnes. Mais son mari Attungak, qui avait beaucoup voyagé avant d'être pris par les glaces, avait au
cours d'un de ses voyages mené son traîneau jusque sous leurs ombres. Ces montagnes étaient si hautes, avait-il raconté, que pour en voir le sommet il fallait s'allonger sur le dos à même la glace.
Elles étaient si immenses, si abruptes, avait-il dit, qu'aucun homme ne pouvait concevoir leur grandeur et que l'on se sentait infimiment petit, presque rien, quand on se tenait à leur pied.
Et elles étaient belles. Si belles que, la première fois qu'il les avait vues, il avait ressenti une irrésistible envie de pleurer. C'était un peu idiot mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Il
avait ressenti la même étrange envie de pleurer que lorsqu'il avait vu le visage de son premier-né. Une beauté tout à fait inexplicable, avait-il dit à Ninioq, qui faisait surgir
en soi un sentiment indescriptible. Mais Ninioq s'était moquée de lui, car elle ne pouvait imaginer que la beauté d'une montagne se mesure à celle d'un nouveau-né.
Souvent, Attungak avait parlé de ces montagnes exactement comme Kokouk à présent. Kokouk disait qu'elles reposaient si pesamment sur la terre que le sol sous elles en était
comprimé. Il le disait parce que c'était quelque chose qu'il avait entendu dire ou qui s'était raconté de génération en génération. Il était persuadé qu'il en était ainsi parce qu'il avait vu les
montagnes de ses propres yeux, il avait vu comment la terre se délayait sous elles, un peu comme le contenu d'un intestin que l'on presse entre ses doigts.
Ninioq avait toujours ressenti un mélange d'envie et de peur de voir ces montagnes. Mais elle savait que jamais elle n'irait si loin au Sud et, en son for intérieur, cela la rassurait. Les
montagnes étaient sans doute trop imposantes pour elle, d'une force qui la dépassait. Elles étaient si colossales qu'elles soutenaient peut être la voûte céleste, une pensée qui en arrivait
presque à lui donner le vertige".
Peut-être parle-t-il du Mont Mac Kinley avec son "petit" 6194 mètres d'altitude ???
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