J'adore me sentir plus intelligente.
J'adore me "nourrir".
Je n'en ai plus le temps, alors je me réfugie dans la lecture comme une sorte d'oubli.
Je n'en ai plus le temps, alors je me résigne à une petite mort de mes neurones.
Du coup, quand on m'en donne l'occasion, je retrouve mes yeux de gosse.
Pas les vrais yeux de gosse trop perdue pour comprendre l'intérêt de l'école, troublée par des heures de récré à refaire des problèmes, dégoûtée par un système de collège qui m'a rendue bouc émissaire des petites frappes du coin, heurtée par la volonté de disparaître sous une table, me rendre invisible, ne plus aimer savoir, qui a passé son bac par correspondance parce que les conditions de travail étaient devenues insupportables.
Mais les vrais yeux de gosse de 30 ans qui maintenant se moque du regard des autres et rêve d'accéder à ce qui m'a été refusé : comprendre.
Merci à la formation continue qui fait que demain, dans ma classe je repartirai avec des connaissances plus sûres, intéressantes.
Et adieu à cette formation continue puisque c'est la dernière année qu'elle fonctionne ainsi, au revoir aussi aux personnes ressources en sciences dont le contrat ne se renouvellera pas, adieu au CCSTI dont la personne référente a été licenciée, adieu également à celle de l'Observatoire.
Réfléchirons-nous donc trop tard lorsque nous n'aurons plus accès à tout cela, lorsque notre métier sera montré du doigt (comme c'est déjà le cas car nous le savons-tous nous sommes des moules accrochées au rocher), nous n'attesterons plus d'un certain niveau, d'une compréhension du monde, des textes.
Voulons-nous vraiment de cette société qui propose des "cerveaux disponibles" pour la consommation ?
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