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Grâce à Kévin (site la recherche du bonheur qui est une véritable perle pour réfléchir), voilà une carte du monde du lieu de vie de mes lecteurs (je croise les doigts pour que ça marche!!!!). J'espère que ça va fonctionner....
Merci à vous tous encore une fois de votre intérêt pour ce modeste blog.
La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon tout a changé pour nous.
Elle m’avait prévenue que cela avait un effet magique, je n’y croyais pas, désabusée, craintive des derniers mois passés, c’était notre dernière chance.
Il faut pour comprendre accepter de remonter le temps. Je crois que notre histoire s’est défaite, maille par maille à partir du premier brin de laine sur lequel le sort taquin a tiré. Jusque là, malgré nos dix ans de mariage nous filions plutôt du bon coton. Deux enfants charmants, une entente parfaite malgré quelques heurts nécessaires et sans gravité, une capacité à aborder tous les sujets même s’ils fâchent afin de les dénouer.
Et puis un soir, sans prévenir, en regardant mon époux, j’ai senti au creux de mon cœur comme un petit accroc. Un petit trou de rien du tout et j’ai pensé pouvoir le réparer mais mes doigts de couturière n’y ont rien changé. Chaque jour, la déchirure se précisait, sans douleur, dans une indifférence posée. Il est vrai que si l’on y regarde de plus près, cela faisait longtemps qu’on ne s’était ménagé un petit espace à nous deux. Le travail, les mômes, la course des jours qui s’accélère et le tissu dont on s’enveloppe chacun à la place de la peau et qui empêche de s’aimer. Je pensais que cela reviendrait avec le temps. Puis j’ai vraiment pris peur le jour où nous réussîmes à nous concocter un petit tête à tête au restau de nos jeunes amours. Notre conversation difficile, les fourchettes dessinant des ficelles entrelacées dans une sauce que nous trouvions sans goût, le silence s’établit. Nous sommes rentrés plus vite que prévu, libérant la baby sitter incrédule. Le lien s’était distendu irrémédiablement.
C’est là que j’ai pris notre sort en main. Je refusais l’évidence avec force, j’essayais tout : copines aux mille conseils néfastes, conseillère conjugale dont le regard éperdu ne savait comment s’y prendre pour recoudre tout cela, marabout à l’air sévère qui me proposa quelque obscure potion à administrer à des heures indues, psychologue bienveillant mais si je devais attendre les échéances de progrès éventuels notre écheveau serait définitivement tari.
Désespérée, un matin, la tête dans les mains, je me confiai à ma collègue. Nous parlions peu toutes les deux, il se trouve qu’elle était quelque peu étrange. Je m’en suis aperçue depuis notre première pause café totalement surréaliste où je découvris avec stupeur ses théories étranges sur le monde des fées. Je l’évitai ensuite afin de ne pas me retrouver à opiner du chef essayant de débrouiller les brins de sa pensée tortueuse et fantasque. Mais ce matin-là, désespérée, je craquai et lui révélai mes difficultés conjugales.
- Au grands maux, les grands remèdes, chuchota-t-elle.
Je craignis le pire et j’attendais regrettant ma faiblesse.
- Il n’y a qu’une seule solution, laissez les enfants et rendez-vous de ma part au restaurant nommé Cœur de dragon veillant.
Elle posa sur ma table les rapports du jour et n’aborda plus le sujet de la journée. Avant de partir elle déposa juste une carte de visite sur ma table.
J’avais rencontré tant de gens étranges, pourquoi ne pas essayer après tout. Je tournai et retournai la carte dans ma main et sortis pour aller à la rencontre de mon mari afin d’organiser la soirée. C’est là que je l’ai vu se séparant d’une de ses collègues, enjouée, il la regardait partir avec un regard qui me fit froid dans le dos, je le connaissais bien ce petit feu qui naissait dans ses yeux. C’est là que j’ai véritablement pris ma décision, si incroyable qu’elle pouvait me paraître...il y avait urgence ! Je me dirigeai vers lui et je lui proposai une soirée en amoureux. Une semaine plus tard, nous nous retrouvions devant un coquet restaurant curieusement installé au trentième étage d’un gratte-ciel. Étrangement, on n’y voyait pas de tables, seul un dédale de couloirs faiblement éclairés, une fois le nom de ma collègue donnée, ce fut comme un sésame mystérieux. Le serveur nous laissa en plan et fut remplacé par le gérant qui nous dévisagea longuement, nous rendant mal à l’aise.
- Voilà un cas bien difficile, le bout de la corde sera bientôt là et malgré tout votre désir vous ne pourrez retenir le chanvre qui écorchera vos mains au passage. Vous avez bien fait de venir, quelques jours plus tard je n’aurai plus rien pu faire pour vous.
Mon mari me regarda effaré par ce discours étrange, il fut près de prendre la poudre d’escampette. Notre « hôte » plissa ses yeux perçants et nous emmena d’un pas dansant vers une petite pièce étrange.
- J’espère que vous apprécierez le voyage, succès garanti...
Il nous laissa entrer, seuls, un peu étourdis et incrédules. Nous marchions sur un lino souple étrange, presque écailleux, un peu bombé. Côte à côte, deux chaises semblaient fixées à un tapis et possédaient un harnais, je pensais qu’il s’agissait d’un « genre » donné par leur architecte d’intérieur. Une magnifique serveuse entra, svelte et adroite, prit notre commande. Avant de sortir elle nous fixa d’un air étrange, de sa voix flûtée nous souhaita bon voyage puis nous recommanda de bien nous attacher.
- Ce n’est pas un lieu un peu bizarre ?, chuchota mon chéri en se rapprochant, le regard aiguisé par une curiosité qui l’avait piquée.
Je ne pus lui répondre car une secousse me surprit. Croyez-le si vous voulez, le bas de la pièce se détacha en nous emportant, laissant derrière nous la table, suspendue dans les airs. Un léger air frais caressait nos bras nus. Nous ne mîmes pas longtemps boucler nos ceintures et jetant un coup d’œil je découvris un extraordinaire hangar, peuplé de dragons volants ou en attente, poussant des gémissements feutrés. Je compris la nécessité pour cet étonnant « restaurant » de s’installer si haut. En dessous de nous, l’équivalent des trente étages bourdonnait d’activité. Notre monture était d’un vert changeant et son conducteur, vêtu de lanières bruissantes, se perchait entre les oreilles fumantes, afin sûrement de mieux le contrôler. Pour la première fois depuis bien longtemps mon amant me prit la main, me la serrant convulsivement. Le dragon avait cessé de tourner lentement, nous nous dirigions maintenant avec rapidité vers une boule parcourue d’éclairs. A partir de là tout est confus et peut seulement s’exprimer par cette phrase : cette nuit-là j’ai vraiment volé sur le dos d’un dragon. Merveilleux, effrayant, images successives d’étoiles et de frondaisons, rires d’elfes et soupirs de fée, je ne sais plus. Toujours est-il que lorsque nous sommes revenus, un somptueux repas nous attendait et je ne saurais dire qui parla le plus. Quand nous quittâmes cet endroit, sa main n’avait toujours pas quitté la mienne, je sentais des frissons délicieux parcourir mon bras. Je serrai dans ma poche quelques petits brins de soie que la serveuse m’avait donné pour tisser notre nouvel avenir.
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