Une p'tit sablier avant d'aller dormir, rien de tel. Un p'tit bonheur. Il est proposé par Agaagla et provient d'un billet de Monolecte
Dualité
Fête de famille.
L'humanité se divise en deux camps bien distincts que tout oppose irrémédiablement.
La ligne de fracture passe très précisément au milieu de la table de ma salle à manger...
C’est étonnant comme tout nous sépare, pourtant je viens bien du ventre de ma mère, nous avons partagé le même espace avec mes frères et soeurs, j’ai une partie du
patrimoine génétique de mon père. Aussi loin que je m’en souvienne je me suis élevée contre une certaine forme de pensée, la leur. Ce n’est pas juste une petite crise d’ado qui perdure à 40 ans
mais bien un cheminement de séparation qui a commencé à mon premier « non ». J'avais même parfois l'impression de venir d'un autre monde, une extra terrestre arrivée là par hasard.
Depuis mes 18 ans cependant nous adoptons un statu quo qui nous convient peu ou prou, résultant d’un choix commun de laisser de côté les sujets qui fâchent. Nous sommes tous réunis ce soir afin
de fêter la décision de notre première : elle va se pacser avec son copain. Pour une fois j’ai décidé d’aller au-delà de mes réticences et nous avons préparé une grande fête où ils sont
conviés... Au début j’ai cru qu’ils n’allaient pas venir...pensez donc un pacs bradé au lieu d’un mariage à l’église, c’est impensable. Finalement, du bout des lèvres, comme un effort suprême,
ils ont consenti à nous honorer de leur présence. Ils se sont installés serrés afin de créer un effet de groupe, au mépris du plan de table que j’avais soigneusement préparé. La discussion
restait difficile et chaotique. Nous abordions des sujets légers : le temps qu’il fait, nos cerisiers en fleurs, la neige à Pâques et puis je ne sais plus qui a mis sur le tapis un sujet
brûlant. Je le soupçonne même d’avoir voulu créer cet état de fait.
Il a levé son verre de champagne, les yeux regardant dans le vague.
- On peut féliciter notre préfet.... (il parlait de mon frère présent)
Il fit une longue pause, ménageant ses effets. Il méprisa mes dénégations et mes signes évidents et reprit :
- Il a bien rempli ses quotas de reconduite à la frontière...
C’est là que je n’ai plus répondu de rien. J’ai d’ailleurs ouvert les hostilités avec ma fille, il s’est retrouvé avec un gâteau à la crème dégoulinant à la place
de son visage suffisant. L’autre partie de la table s’est levée d’un seul homme, ma mère a bredouillé :
- Espèce de...espèce de...harpies soixante-huitardes de gauche....
Puis se tournant vers moi, son regard noir braqué qui autrefois me terrorisait !
- Ne remets jamais les pieds chez nous avec ta famille dévergondée !!!
Ils tournèrent les talons sous les huées, quelques choux volèrent et ils partirent brusquement. Nous nous tenions la main avec ma grande, entre les larmes et le
rire.
- Maman, hoqueta-t-elle en se frottant les yeux, je suis fière de nous ! Je n’en pouvais plus de faire semblant d’être comme eux...
Cette idée m'est venue en repensant au film de Danièle Thomson intitulé
La bûche.
Je ne l'ai pas vu mais le synopsis m'a toujours attirée...il est vrai que nous ne sommes pas allés au cinéma voir un film de grand depuis...... oulà !
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