Texte libre

Vous êtes à ce jour nombreux à m'avoir rendu visite, merci à tous (le comptage commence aujourd'hui : 3 novembre 2006). Depuis le début de la création de ce site vous avez été  8379 à venir me rendre visite, ça se fête !!!!

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Grâce à Kévin (site la recherche du bonheur qui est une véritable perle pour réfléchir), voilà une carte du monde du lieu de vie de mes lecteurs (je croise les doigts pour que ça marche!!!!). J'espère  que ça va fonctionner....

Merci à vous tous encore une fois de votre intérêt pour ce modeste blog.

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Vendredi 7 juillet 2006
L'aventure
Jacques Brel

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains

L'aventure commence à l'aurore
Et l'aurore nous guide en chemin
L'aventure c'est le trésor
Que l'on découvre à chaque matin

Pour Martin c'est le fer sur l'enclume
Pour César le vin qui chantera
Pour Yvon c'est la mer qu'il écume
C'est le jour qui s'allume
C'est le blé que l'on bat

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains

Tout ce que l'on cherche à redécouvrir
Fleurit chaque jour au coin de l'oubli (?)
La grande aventure il faut la cueillir
Entre notre église et notre mairie
Entre la barrière du Père Machin
Et le bois joli de monsieur le Baron
Et entre la vigne de notre voisin
Et le doux sourire de la Madelon

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains
L'aventure commence à l'aurore
Et l'aurore nous guide en chemin
L'aventure c'est le trésor
Que l'on découvre à chaque matin

Pour Martin c'est le fer sur l'enclume
Pour César le vin qui chantera
Pour Yvon c'est la mer qu'il écume
C'est le jour qui s'allume
C'est le blé que l'on bat

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains

Tous ceux que l'on cherche à pouvoir aimer
Sont auprès de nous et à chaque instant
Dans le creux des rues dans l'ombre des près
Au bout du chemin au milieu des champs
Debouts dans le vent et semant le blé
Pliés vers le sol saluant la terre
Assis près des vieux et tressant l'osier
Couchés au soleil et buvant la lumière (dans la lumière?)

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de chaque matin
L'aventure commence alors
Que la lumière nous lave les mains
L'aventure commence à l'aurore
Et l'aurore nous guide en chemin
L'aventure c'est le trésor
Que l'on découvre à chaque matin
Pour Martin c'est le fer sur l'enclume
Pour César le vin qui chantera
Pour Yvon c'est la mer qu'il écume
C'est le jour qui s'allume
C'est le blé que l'on bat

L'aventure commence à l'aurore
A l'aurore de mille chemins
L'aventure c'est le trésor
Que l'on découvre à chaque matin


Parce qu'il n'y a rien de tel que quelques mots poétiques d'un grand pour exprimer que nous sommes au bord d'un départ plus qu'aventureux :
- Des péripéties dignes de Phileas Fogg nous attendent (la dernière fois c'était mimer l'essence, à 2h00 du mat,  parce que notre espagnol est proche du zéro. Maman, pourquoi as-tu voulu me faire choisir l'allemand en deuxième langue, dont je ne sais plus rien aujourd'hui et qui m'est parfaitement inutile ! Bon en même temps si j'avais rencontré un suédois...j'aurai traversé ce pays, question  : aurais-je pour autant su un peu mieux parler, j'ai un doute).
- Une donnée manquante : comment notre bébé réagira à deux jours de voyage ? La voiture aura beau être climatisée et ne pas hoqueter au moindre kilomètre, elle aura vite perdu de son charme au bout d'une heure !
- Nos valises, déjà pleines à craquer, seront-elles suffisantes : j'imagine déjà l'Espagne, sans changes pour bébé...comment dit-on couches en espagnol ?
- Notre grande fille arrivera-t-elle à tirer sa valise jusqu'à la fin du voyage : je nous vois bien au bout d'un moment affublés d'un bagage de plus.

A part ça rien de similaire aux aventures passionnantes de notre gentleman parieur ! Juste une petite famille pépère, qui déteste l'avion et qui préfère transformer deux heures de vol en 2 jours de route !
par Dom publié dans : La p'tite famille
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Vendredi 7 juillet 2006
Alors attention...le départ de la famille sédentaire n'ayant pas pris de vacances depuis 4 ans est annoncé sur les routes. Nous partons lundi soir en voiture de loc (parce que nous ne ferions pas un coup  pareil à notre vieille 309 !). Tenez-vous bien parce que dans le style compliqué nous avons encore décroché le gros lot :
Grenoble-Figueras (Et là on prend la voiture de loc espagnole, petit truc de vacancier futé : si vous aimez l'espagne, n'hésitez pas à la visiter en voiture prêtée, pour les touristes c'est vraiment pas cher !)
Retour à Perpignan pour rendre la voiture française.
Perpignan-Algéciras en voiture espagnole.
Algéciras Tanger en bateau.
En bref une bonne expédition en perspective mais franchement que ne ferait-on pas pour :
1- Aller enfin passer quelques temps dans une famille formidable
2- Et voir ça :

De stad Tanger, gezien vanaf de Middellandse Zee

par Dom publié dans : La p'tite famille
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Vendredi 7 juillet 2006
Je mets à l'honneur Sohayb, une collègue, qui a écrit un texte sur l'écosphère et que j'ai trouvé excellent (elle m'a donné l'autorisation de le divulguer) : toute ressemblance avec le monde humain n'est pas fortuite !

Je possédais une écosphère et un jour elle s'est atomisée. Une flaque, des débris de verre, l'apocalypse...

Je l'avais posée dans un endroit où je pouvais facilement l'observer, fascinée comme lorsque je regarde brûler un feu de cheminée.

Les crevettes vivaient en excellent voisinage.
Lorsque l'hiver arriva, la température ambiante baissant, la nourriture vint à manquer. S'établit alors, entre les crevettes une guerre de territoire, chacune défendant de pinces fermes les quelques centimètres cubes d'eau qu'elle s'était réservés. Mais force était de constater que les incursions en territoire ennemi devinrent plus fréquentes. Certaines s'associèrent pour accroître leurs forces.

Mais à partager la rareté on s'affaiblit. L'une qui était plus forte donc plus affamée entreprit d'asservir les autres. Elle prêcha d'abord, faisant croire aux plus faibles que l'Être Suprême qui les avait enfermées dans l'écosphère leur promettait une vie meilleure dans l'au-delà. Les estomacs vides gobèrent les belles paroles comme autant de dérivatifs à leur faim. Il fallait se sacrifier pour atteindre le bonheur. On instaura des rituels et des cérémonials pour honorer l'Être Suprême, histoire de donner du faste au mystère et détourner l'attention des moins crédules. Les offrandes accumulées terminaient dans la panse de la crevette prêcheuse.

Les autres tribus de crevettes adoptèrent d'autres croyances, d'autres cérémonies, d'autres tabous. Mais les crevettes prêcheuses étaient toujours les plus bedonnantes. Ce qui n'échappa pas à l'oeil des crevettes septiques qui tentèrent une contre-propagande. Elles passèrent immédiatement du statut de contestatrices à celui de boucs-émissaires. Oui, si la famine continuait, voire s'aggravait, c'était bien de leur faute à ces mécréantes hérétiques, réfactaires aux règles. On les pourchassa, les emprisonna, les tortura puis elles furent exécutées en place publique pour l'exemple. L'asservissement était total.
Mais ne se réglait pas le problème de l'approvisionnement. Certaines tribus en colonisèrent d'autres, plus faibles, les pliant à leurs coutumes, les réduisant à une vie de sous-crevettes productrices et dociles parce que tenues sous la coupe ferme de dictateurs corrompus.

Doucement, les crevettes guerrières, qui épaulaient les crevettes prêcheuses, prirent de l'ascendant sur ces dernières en mettant en avant leur rôle dans la colonisation. Les crevettes prêcheuses s'associèrent volontiers à elles, chacune apportant sa pierre à l'édifice qui permettait d'instaurer le totalitarisme.
Certaines crevettes guerrières devinrent spéculatrices, elles amassaient les ressources pour créer de la demande et faire monter les prix. Mais pour accumuler les ressources il faut pouvoir disposer de ressources, et si les concurrents ne jouent pas le jeu, en se soumettant pas aux lois du marché, il devient difficile de spéculer.

On inventa alors des dangers potentiels, venant de contrées où justement s'accumulaient les ressources. Tous les prétextes étaient bons : telle tribu mettait en danger l'équilibre mondial en jouant sur les cours du marché, telle autre représentait un danger à l'ordre écosphéral en répandant des idéologies dangereuses. La propagande battait son plein. Les crevettes de base étaient maintenues sous tension par des discours effarants dans lesquels les mots bien choisis frappaient les esprits maintenant terrorisés. On organisa des frappes punitives dans le but d'abattre les ennemis imaginaires mais on ne faisait qu'accroître l'instabilité de régions fragiles, au grand profit des crevettes spéculatrices.

Peu à peu mon écosphère, si limpide, devint trouble. J'observais, impuissante, le désastre annoncé. La fermentation devint inéluctable, les crevettes spéculatrices, peu soucieuse de l'écosystème, puisaient sans vergogne, empoisonnaient l'environnement sans scrupule pour amasser encore et encore, délocalisaient les productions pour exploiter au mieux tout en accroissant leurs profits.

Elles s'étaient alliées au sein d'une organisation, baptisée CRE-8 (Consortium Responsable de l'Ecosphère des 8 super-tribus) et avaient à leur botte les crevettes prêcheuses et les crevettes guerrières embourbées jusqu'au cou dans ce marasme spéculatif.

Le peuple tentait encore de croire qu'il pouvait décider de quelque chose puisque, généreusement on lui avait accordé le pouvoir d'élire ses représentants. Mais les élus s'avéraient être eux-mêmes des spéculateurs.

Et à force de puiser et d'épuiser les ressources l'écosphère perdit son équilibre. L'eau devint acide rongeant les parois du globe, la fermentation des déchets de surproduction produisit des gaz toxiques empoisonnant les populations et créant une surpression. Le dernier essai de tir de missile nucléaire eut un effet catalytique qui provoqua l'explosion de l'écosphère...
par Dom publié dans : Atelier d'écriture
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Jeudi 6 juillet 2006
Merci Kévin pour ta participation, tu es le seul courageux à essayer...
Excusez pour ce retard dû à une fin d'année rallye. Maintenant que le dernier jour est derrière moi voilà donc la réponse attendue à notre devinette : C'est une écosphère.
L’EcoSphère est le résultat de recherches menées dans le domaine spatial. L’EcoSphère a été inventée par deux chercheurs, les Dr Joe Hanson et Clair Folsome dans le cadre d’un programme lancé par la NASA qui consistait à étudier la biosphère de notre planète dans le but d’obtenir des informations sur les systèmes biologiques indispensables à la construction de stations spatiales. L’EcoSphère reproduit l’écosystème de notre planète à échelle réduite. Elle illustre le fragile équilibre d’un écosystème fermé très proche de celui dans lequel nous évoluons chaque jour.

Cet univers vivant, qui n’a rien à voir avec un aquarium, est composé d’un globe de verre renfermant de l’eau de mer filtrée, des algues, des gorgones, des petits cailloux et des crevettes. Une EcoSphère peut accueillir, selon son volume de trois à quarante crevettes. Les gorgones, matériau non vivant, le verre et les cailloux fournissent les sufaces nécessaires à cet écosystème miniature et des cachettes aux micro-organismes qui y vivent et s’y développent. La durée de vie moyenne d’une EcoSphère est de deux à trois ans mais on en connaît qui ont plus de 10 ans et qui fonctionnent parfaitement. Certains systèmes sans crevettes peuvent vivre plus de 18 ans.

Site à visiter : http://www.echosmouche.com/article.php3?id_article=658

par Dom publié dans : Image du jour
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Mardi 4 juillet 2006
Bon d'accord, c'est les vacances pour certains, mais pas pour d'autres.
Bon d'accord, il est tard
Bon d'accord, c'est ultra connu

Mais j'aime ce texte, je l'aime parce qu'il me fait réflechir sur le monde et qu'aujourd'hui dans cette vie vouée à la rapidité, au zapping de la conscience, il nous rappelle que ce que nous voyons n'est que chimère. Il propose ensuite un monde immuable, qu'il faut contempler et c'est là que je ne le suis plus, pour moi pas de vérité absolue, mais la puissance d'une réflexion qui pousse chaque jour l'être humain vers...vers quoi d'ailleurs ? En tous cas qui nous sert à éviter les lieux communs, l'opinion mouvante, l'évidence. C'est une chemin rugueux qui rend le regard parfois trop cruellement dévié. Quelle facilité de se reposer sur le poids d'une foule qui pense exactement comme moi : j'ai raison puisque c'est la vision du plus grand nombre. Et pourtant, préserver la conscience n'est-ce pas éviter ce que l'histoire nous rappelle si douloureusement : l'individualité se perd dans une idée collective qui mène à l'anéantissement. Un maître mot : résister. Mais c'est si facile de parler, aujourd'hui si mon pays était sous le régime de Pétain, qu'aurais-je le courage de faire ? Suivre le chemin de résistance au détriment de ma propre sécurité et celle de ma famille ? Baisser la tête en attendant que ça passe et en oubliant que ce qui arrive au voisin finira forcément par frapper à ma porte ? Je me pose souvent la question. En tous cas la démocratie pour subsister à besoin de la vigilence d'êtres humains qui peuvent : réflechir (donc avoir une éducation de qualité), ressentir (ce qui est apporté par toute forme d'art), voir au delà du message commun (et ne pas avoir un cerveau disponible, si vous voyez ce à quoi je fais référence !). C'est bizarre, on dirait que ce n'est pas ce que veut notre gouvernement en sabordant le service publique !
PS : J'ai eu 13 en grec au Bac grâce à ce texte dont je connaissais la traduction et l'interprétation par coeur, de quoi garder un petit coin d'affection vous ne trouvez pas ?

Platon, La république, Livre VII
Maintenant représente toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance.
Figure toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée
ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchainés, de sorte qu'ils ne
peuvent ni bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaine les empéchant de tourner la tête; la lumière leur vient
d'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée :
imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionettes
dressent devant eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.
Figure toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur,
et des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre en bois et en toute espèce de matière; naturellement parmi ces
porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

    Voilà, s'écria Glaucon, un étrange tableau et d'étranges prisonniers.

Ils nous ressemblent; et d'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d'eux mêmes
et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

    Et comment, observa Glaucon, s'ils sont forcées de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Et pour les objets qui défilent, n'en est-il pas de même ?

    Sans contredit.

Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient pour des objets réels les ombres
qu'ils verraient ?

    Il y a nécessité.

Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre
autre chose que l'ombre qui passerait devant eux ?

    Non, par Zeus !

Assurément de tels hommes n'attribueront de réalité qu'aux ombres des objets fabriqués. Considère maintenant ce
qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaines et qu'on les guérisse de leur ignorance. Qu'on
détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les
yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces
objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un lui vient dire qu'il n'a
vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels,
il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montarnt chacune des choses qui passent, on l'oblige à force de questions, à dire
ce que c'est ? Ne penses-tu pas qu'il sera embarrassé, et que les ombres qu'il voyait tout à l'heure lui paraitront
plus vraies que les objets qu'on lui montre maintenant ?
Et si on le force à regarder la lumière elle même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés? N'en fuira-t-il pas la vue
pour retourner aux choses qu'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes
que celles qu'on lui montre?

    Assurément !

Et si on l'arrache de sa caverne par force, qu'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu'on ne le lâche
pas avant de l'avoir trainé jusqu'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de
ces violences? Et lorsqu'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une
seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

    Il ne le pourra pas, du moins dès l'abord.

Il aura je pense besoin d'habitude pour voir les objets de la région supérieure. D'abord, ce seront les ombres qu'il
distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux,
ensuite les objets eux-mêmes. Après celà, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus
facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.
A la fin j'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit -
mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourra voir et contempler tel qu'il est.

    Nécessairement !

Après celà, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne
tout dans le monde visible, et qui, d'une certaine manière est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons
dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l'on y professe, et de ceux qui
furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers?

    Si, certes.

Et s'ils se décernaient entre eux louanges et honneurs, s'ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de
l'oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières
ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que
notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu'il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et
puissants? Ou bien comme ce héros d'Homère, ne préféra-t-il pas mille fois n'être qu'un valet de charrue, au
service d'un pauvre laboureur, et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions de vivre
comme il vivait ?

    Je suis de ton avis, dit Glaucon, il préfèrera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.

Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s'asseoir à son ancienne place : n'aura-t-il pas
les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil? Et s'il lui faut entrer de nouveau en
copétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont point quitté leurs chaines, dans le moment où sa
vue est encore confuse et avant que ses yeux ne se soient remis (or l'accoutumance à l'obscurité demandera un
temps assez long), n'apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu'étant allé là-haut, il en est revenu
avec la vue ruinée, de sorte que ce n'est même pas la peine d'essayer d'y monter? Et si quelqu'un tente de les délier
et de les conduire en haut, et qu'ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

    Sans aucun doute.

Maintenant, mon cher Glaucon, il faut appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut,
comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de la prison et la lumière du feu qui l'éclaire, à la
puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la
considères comme l'ascension de l'âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi
bien tu désires la connaitres. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible,
l'idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause
de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses; qu'elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le
souverain de la lumière; que dans le monde intelligible, c'est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et
l'intelligence; et qu'il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

    Je partage ton opinion, autant que je le puis.

Eh bien ! partage là encore sur ce point, et ne t'étonne pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent
plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut. Mais quoi, penses-
tu qu'il soit étonnant qu'un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait
mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n'étant pas suffisamment
accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d'entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des
ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu'en donnent
ceux qui n'ont jamais vu la justice elle même......

 

par Dom publié dans : Image du jour
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